Assil Bouzid : À la conquête des matériaux désordonnés, entre modélisation, IA et innovation

Assil Bouzid, chercheur CNRS à l’Institut de Recherche sur les Céramiques (IRCER), explore les matériaux inorganiques amorphes. Son travail, à l’intersection de la chimie, de la physique, de la simulation numérique et de l’intelligence artificielle, est ambitieux : décrypter la complexité de systèmes désordonnés – verres, céramiques, interfaces électrochimiques – avec pour objectif ultime d’en faire les matériaux du futur.

Assil vient de recevoir la médaille de Bronze du CNRS, une grande reconnaissance pour la qualité de ses recherches mais également pour l’Institut de Recherche sur les Céramiques !

Un parcours scientifique marqué par l’exigence et l’innovation

Tout commence par une formation en physique fondamentale et physique quantique en Tunisie, où Assil pose les bases de son parcours scientifique. Il poursuit ensuite avec un master en physique de la matière condensée et la nanophysique en France, avant de se lancer dans une thèse à l’IPCMS (Strasbourg). Là, il étudie les chalcogénures amorphes, des matériaux aux propriétés opto-électroniques prometteuses. Il y développe une passion pour la modélisation des systèmes désordonnés, qu’il approfondit lors d’un post-doctorat dans le même institut. Sa quête de nouveaux défis le mène ensuite à l’EPFL (Lausanne, Suisse), où il obtient une bourse Cofund EPFL-Marie Curie. A l’EPFL, il se spécialise dans la modélisation des défauts dans les semi-conducteurs et des processus électrochimiques aux interfaces solide/liquide.

Une approche globale : modélisation, IA et validation expérimentale

Assil Bouzid a construit une expertise solide à travers une approche originale qui combine dynamique moléculaire ab initio, développement de potentiels interatomiques basés sur l’IA et validation expérimentale. Ses recherches ne se contentent pas de rester théoriques : elles s’appuient sur des collaborations étroites avec des équipes de synthèse et de caractérisation pour garantir que ses modèles reflètent la réalité physique.

Cette synergie entre théorie et expérience lui a permis de percer les mystères des verres de tellurite pour l’otique non-linéaire, des matériaux d’électrode pour batteries sodium-ion ou encore des céramiques modifiées par des métaux pour l’électrolyse de l’eau. Ses travaux ouvrent des perspectives majeures dans des domaines aussi variés que l’énergie – notamment par le biais de la catalyse et de l’optique, où les matériaux désordonnés jouent un rôle clé.

Des projets ambitieux pour des matériaux innovants

Depuis 2019, Assil pilote des projets de recherche ambitieux, cherchant à faire le lien entre la science fondamentale et des applications concrètes. Parmi eux, AMADEUS, un projet soutenu par le PEPR-DIADEM, vise à développer de nouvelles céramiques à haute entropie pour la transition énergétique. Un autre projet, RECIFE (ANR-PRCI), se concentre sur la conception de céramiques poreuses contenant des sites métalliques catalytiquement actifs pour la conversion d’énergie. Ces initiatives s’appuient sur une approche pluridisciplinaire, mêlant modélisation, intelligence artificielle et expérimentations et s’inscrivent dans le cadre de collaborations aussi bien nationales qu’internationales (Japon, Australie, Allemagne).

Une mission de transmission de savoirs dans le domaine des céramiques innovantes

En parallèle de ses activités de recherche, Assil s’investit activement dans l’encadrement et la formation des jeunes chercheurs, supervisant plusieurs doctorants et post-doctorants dont les travaux s’inscrivent dans ses thématiques de recherche. Son engagement se traduit aussi par l’animation de l’axe transversal « Intelligence artificielle pour la science des matériaux et les procédés céramiques » à l’IRCER, où il contribue à fédérer les compétences et à stimuler les collaborations interdisciplinaires pour repousser les frontières de la modélisation multi-échelle.

Une vision pour l’avenir : vers une révolution numérique des matériaux

Pour Assil, l’avenir des matériaux passe par une intégration toujours plus poussée de l’IA et de la simulation numérique.

« Les matériaux de demain seront conçus numériquement avant même d’être synthétisés en laboratoire. Notre rôle est de rendre cette révolution accessible à tous les acteurs de l’innovation », conclut-il avec enthousiasme.

Contact : assil.bouzid@cnrs.fr